Petite histoire du marché de l’eau : les dessous d’une bataille de bouteilles

10 février 2022

Les bouteilles en plastique ne sont pas écologiques – à en croire le nombre de gourdes vendues, le message est reçu et Gobi content. Mais pourquoi alors sommes-nous encore aussi nombreux à les acheter au quotidien et à bouder l’eau du robinet ? 

Petit rappel factuel comme on les aime : le Français consomme en moyenne 135 litres d’eau en bouteille par an (soit + de 9 milliards de litres pour l’ensemble de la population). Du coup, la France se classe parmi les cinq pays au monde les plus gourmands en bouteilles plastiques, derrière le Mexique, la Thaïlande (qui a l’excuse de ne pas avoir accès à l’eau potable), l’Italie et l’Allemagne. Si les pourcentages vous parlent davantage, sachez que ça correspond à 83% des Français consommateurs d’eau en bouteille. Pas seulement en voyage, 44 % le font tous les jours, à la maison.

Ce qui nous ramène à la case question : d’où vient cet attachement paradoxal ? Et puis, comment en est-on arrivé à dépenser de l’argent pour une ressource qui est en principe gratuite et d’excellente qualité à la sortie du robinet ? 

Pour répondre, la team Gobi a remonté le cours du marché de l’eau…

L’origine de l’eau en bouteille : du rêve à boire

L’idée de vendre de l’eau et d’en faire un produit marketing naît en France avec l’essor des cures thermales. À Vichy par exemple, lieu de cure fréquenté par une clientèle bien lotie au début du 20ème siècle, on passe par les médecins pour convaincre les patients de poursuivre leur traitement une fois rentrés chez eux : boire une eau minérale ou thermale en particulier est bon pour la santé, argument commercial imparable. Donc on embouteille joyeusement et l’on vend en pharmacie. 

Après avoir été déclarée “alicament” avant l’heure, l’eau en bouteille devient assez rapidement un moyen de distinction sociale. Perrier ou Badoit en font un produit de luxe, réservé aux classes aisées avant de s’étendre plus largement aux classes moyennes qui partagent une “soif” de savoir-vivre et d’élégance. Merci qui ? Merci les années 60 et les hypermarchés et supermarchés qui poussent comme des champignons.

Aujourd’hui encore, l’eau en bouteille se réserve le créneau de la santé ou carrément d’élixir de longue vie. Personne n’est passé à côté des bébés evian ou des silhouettes féminines et sveltes qui partagent leur secret minceur. Quoique : contexte oblige, ce sont de plus en plus les volcans verts ou les sommets enneigés étincelants de pureté qui s’affichent en grand. La bouteille plastique, elle, est toujours là.

Le problème écologique : encore largement sous-estimé

Alors bien-sûr, le plastique des bouteilles est censé être recyclable – c’est l’argument avancé par les grandes marques. Sauf que dans les faits, sur les 25 millions de bouteilles plastiques jetées chaque jour, seule la moitié des bouteilles sont recyclées. L’autre moitié se retrouve incinérée, dans une décharge ou quelque part dans la nature. Nos océans sont au courant.

Ce qu’il ne faut pas oublier dans l’affaire, c’est que la bouteille plastique pose problème bien avant de flotter à la dérive. La production et la distribution sont très gourmands en énergie : la fabrication d’1 litre d’eau embouteillée demande en moyenne 3 litres d’eau et 250 grammes de pétrole. Ensuite, cette même eau parcourt près de 300 kilomètres avant d’atterrir sur nos tables. Le bilan écologique ne peut donc se faire sans regarder en face ces problématiques de transport cruciales. Chez Gobi, on a intégré ces paramètres dès le début de notre conception, précisément pour ces raisons.

Le paradoxe du prix : dépenser pour se rassurer

Récapitulons : 1, l’eau en bouteille doit son succès à un marketing bien ficelé et 2, elle ne fait décidément pas de bien à l’environnement… et pourtant on a du mal à s’en passer ?

Il est temps de faire un point sur le prix et ses effets sur nos cerveaux tout bien hydratés qu’ils soient. En effet, tout le monde est prêt à payer pour être… rassuré ! Autrement dit : la gratuité, c’est suspect. Acheter de l’eau en bouteille est le plus souvent lié à la conviction d’acheter de la meilleure qualité, et donc de bien prendre soin de soi et de ses enfants. 

Pourtant, ce que l’on paie vraiment lorsqu’on achète une bouteille d’eau minérale, ce sont principalement :

  • l’emballage plastique
  • le transport
  • la publicité

L’eau du robinet nous coûte 200 fois moins cher ! Son prix moyen en France est d’environ 0,3 centimes d’euro le litre. Et il se justifie autrement mieux par :

  • la captation
  • l’assainissement
  • la distribution jusqu’à votre robinet

Il y a là comme qui dirait un petit problème de désinformation…

La désinformation : une communication à armes inégales

Plus on creuse, plus on réalise qu’il n’existe pas franchement de bonnes raisons de shamer l’eau du robinet. Et que ce n’est pas par hasard que l’on ne sort pas tous avec des t-shirts “I love mon eau du robinet” (même si chez Gobi, on en serait capables 😉

La raison des fausses croyances au sujet de l’eau du robinet est une bataille de la communication qui ne se joue pas à armes égales. Là où l’eau en bouteille dépense énormément d’argent pour vanter ses bienfaits et diffuser des messages positifs, l’eau du robinet ne cesse de devoir rassurer sur ses risques, de se défendre et de se justifier. C’est globalement moins sexy !

Heureusement, c’est en train de changer. A Paris, ce sont des messages positifs qui sont véhiculés, couplés à des initiatives vertueuses à plus d’un titre : allez voir le projet “Ici, je choisis l’eau de Paris” à laquelle participe Gobi, vous verrez ! Ou encore la merveilleuse “Bisontine”, l’eau du robinet de Besançon, qui s’est amusé à jouer avec les mêmes codes que l’eau en bouteille. Enfin, à Rennes, les pratiques agricoles vertueuses pour l’eau sont encouragées et les agriculteurs accompagnés au-dessus des zones de captage.

A travers la France, l’eau du robinet doit respecter le Code de la santé publique fixé par les normes européennes : c’est tout simplement le standard de qualité sanitaire le plus élevé au monde. Les mesures sont réalisées heure par heure, jour par jour, pour garantir une qualité irréprochable. 

Vous trouvez que l’eau du robinet a le goût de chlore ? Laissez reposer votre eau avant de la boire et il n’y aura plus de problème. L’eau du robinet vous paraît trop calcaire ? Utilisez un filtre, par exemple au charbon actif. Bon à savoir à ce sujet : si vous basez votre perception sur la couleur de votre bouilloire, sachez que l’eau qui chauffe provoque forcément un dépôt de calcaire, qu’elle soit du robinet… ou pas ! Vous ne jurez que par le goût de l’Evian ou autre Volvic ? Faites donc un blind test, comme ce journaliste, et on en reparle. 

C’est la meilleure !

Pour conclure : on a tendance à oublier que le marché de l’eau en bouteille est une invention relativement récente et qu’une autre manière de consommer de l’eau est possible. La prise de conscience écologique actuelle nous invite à modifier nos comportements quotidiens et nous fait voir / boire l’eau comme un bien commun, plus comme une simple commodité. Avec une gourde dans votre sac, le tour est joué. Parfois, c’est aussi facile que ça de bien faire 🙂 Eau du robinet, t’es la meilleure !  

Les sources :