Etre une gourde recyclée, tu sais c’est pas si facile !

3 février 2022

S’il y a bien un sujet qui nous anime chez Gobi, c’est d’aller au bout des réflexions sur les produits que nous lançons. Et la transparence, ce n’est pas seulement pour la paroi de nos gourdes. C’est pourquoi nous concevons nos produits en éco-conception préventive (on vous en parle juste là) afin de s’assurer de réduire au maximum l’impact environnemental de nos produits à chaque étape de leur cycle de vie.

Bien sûr, notre rêve ultime serait qu’un vieux Gobi redevienne un Gobi flambant neuf. Cela nous a conduit à choisir une matière recyclable (logique !) : le copolyester.

Et pourtant, sa recyclabilité, c’est un peu plus compliqué que ça. On vous explique.

Etat des lieux du recyclage du copolyester

Le copolyester (de son doux nom commercial “Tritan”) est un plastique innovant né en 2009 pour proposer une alternative saine aux anciens plastiques durs (notamment le polycarbonate dans lequel on trouve du bisphénol A, un perturbateur endocrinien).

C’est un matériau de qualité qui répond aux critères que nous avons identifiés en interrogeant nos futurs clients : une gourde transparente pour s’assurer de sa propreté (une gourde propre, c’est mieux quand on l’utilise tous les jours !) qui soit légère et solide à la fois, garantie sans BPA ni BPS et recyclable. Dernier critère : nous voulions pouvoir la fabriquer en France.

Alors, faut-il mettre son Gobi fatigué à la poubelle jaune pour le recycler ?

Le Gobi n’est pas considéré comme un emballage, il n’est donc pas reconnu par les filières de tri classiques (comme vos tupperwares, biberons et autres contenants réutilisables). Aujourd’hui, si vous mettez un Gobi en fin de vie (cassé, fissuré, etc.) dans une poubelle jaune, selon les centres de tri, il ne sera pas forcément revalorisé. Il pourra être brûlé avec les autres déchets non recyclés. Au sein de la team Gobi, forcément, on a envie de faire mieux.

Pour nos gourdes Indoor en verre, la question ne se pose pas : il s’agit d’un verre sodocalcique qui se recycle avec les bouteilles en verre, en filière classique.

Alors quand l’ADEME (Agence de la transition Écologique) lance le projet ORPLAST en 2018 : ni une, ni deux, nous avons sauté sur l’occasion !

ORPLAST : kesako ?

Qu’est-ce qui se cache derrière cet acronyme à connotation médicale ? On avait pensé au nom d’un super-méchant… Et pourtant c’est tout le contraire ! 

ORPLAST est un appel à projet financé par l’ADEME qui signifie Objectif Recyclage PLASTiques et qui « vise à soutenir financièrement l’intégration de matières plastiques recyclées par les plasturgistes ou transformateurs qui effectuent la transformation de la matière première en produits, en prenant en compte les contraintes techniques réelles pour adapter les systèmes productifs à l’intégration des MPR. » (MPR = Matière Première Recyclée pour les non-initiés 😉 )

En gros : l’ADEME apporte un soutien financier à qui veut améliorer le recyclage du plastique. Malgré notre taille (ces projets sont davantage dimensionnés pour de gros industriels, équipés pour de la R&D), Gobi a tout de suite répondu présent !

Alors, comment recycler un Gobi ? 

Pour relever le défi du projet ORPLAST, nous avons fait appel à la coopérative Mu, une agence d’éco-conception avec qui nous travaillons depuis le tout premier Gobi.  La problématique est claire : comment partir d’un Gobi pour refaire un Gobi ?

Pour rappel, nous recyclons déjà les chutes de production de nos gourdes Gobi pour fabriquer les étuis de nos kits couverts.

Nous avons commencé par identifier les contraintes :

  • d’un point de vue technique : la matière recyclée doit avoir les mêmes caractéristiques que la matière vierge : réutilisable, transparente, légère et résistante pour garantir son adoption. #jamaissansmonGobi
  • d’un point de vue environnemental : la matière recyclée doit présenter un bilan environnemental significativement plus favorable que la matière vierge. #vraimentmieux
  • d’un point de vue sanitaire : la matière doit être apte au contact alimentaire . #aussibiendehorsquededans
  • d’un point de vue économique : la matière recyclée ne doit pas engager un surcoût conséquent. #accessibilité

En prenant en compte l’ensemble de ces critères, la coopérative Mu a identifié 3 scénarios d’étude. On vous les présente.

Et 1, et 2, et 3 scénarios !

1- Le scénario « short loop » ou boucle fermée

En théorie, le principe est simple : nous souhaitons faire des Gobi neufs à partir de Gobi en fin de vie. 

Notre première hypothèse considère que nos gourdes sont dans une boucle fermée et contrôlée : c’est-à-dire que nous pouvons les recycler sans passer par l’étape de décontamination du plastique. Un Gobi usagé qui nous serait retourné irait directement dans une machine pour le recycler, sans passer par une phase de nettoyage. 

Pour mettre ça en place, nous devons effectuer des tests pour certifier que la matière recyclée est apte au contact alimentaire, c’est-à-dire qu’elle peut être en contact avec de la nourriture ou de l’eau que nous allons ensuite consommer, sans courir de risque. Pour cela, il faut certifier la procédure de “boucle fermée” par une institution de contrôle (ici, la European Food Safety Authority = EFSA).

Pourquoi cela ne marche pas ? 

Aujourd’hui, il est impossible d’obtenir une traçabilité complète sur l’utilisation de nos Gobi. Après tout, comment s’assurer qu’un Gobi n’a pas contenu de l’essence, du liquide inflammable, de la peinture, ou une quelconque substance toxique ? 

Malheureusement, légalement, nous ne pouvons pas en être certains et donc nous n’avons pas le droit de prendre ce risque.

Un autre problème se pose aussi : la matière recyclée perd de sa transparence. Pour éviter d’obtenir une matière opaque, nous ne pourrions pas utiliser plus de 20% de matière recyclée dans la composition globale du nouveau Gobi. C’est peut-être un détail pour vous, mais c’est ce qui permet à nos utilisateurs de bien entretenir leur Gobi et de le conserver longtemps : alors nous, ça nous tient à cœur.

On l’avoue, faire un Gobi neuf à partir d’un vieux Gobi, paraît compromis. 

Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot !

2- Le scénario « procédé de recyclage ».

Si nous ne pouvons pas certifier nous-mêmes un procédé de recyclage en boucle fermée, nous nous sommes dits que d’autres, peut-être, seraient mieux dimensionnés que nous. Le but de ce deuxième scénario est donc de développer une toute nouvelle filière de recyclage en France pour recycler le copolyester. 

Oui mais, comment fonctionne une filière de recyclage ? 

Dans une filière de recyclage, les produits en fin de vie sont d’abord décontaminés (ce qui nous manquait précédemment). Puis le plastique décontaminé est broyé en petites pastilles. Pour rendre la matière recyclée homogène, ces pastilles sont fondues puis transformées en petites billes qui ont le même poids et la même forme. C’est ce qu’on appelle le “compoundage”. C’est sous cette forme que le plastique recyclé est vendu. 

Les machines indispensables à ces différentes étapes nécessitent un investissement lourd avec des partenaires pour l’approvisionnement en matières premières (objets en copolyester à recycler), la gestion de la filière ou encore la vente de la matière recyclée pour réaliser de nouveaux produits.

Pour étudier ce scénario, nous devons effectuer des tests pour vérifier la qualité du copolyester recyclé chez un recycleur déjà existant. Lors de notre étude, les recycleurs de PET vers lesquels nous nous sommes tournés exigent une quantité minimale de 10 tonnes pour tester le recyclage de nos gourdes. Cela représente un stock de 80 000 Gobi en fin de vie, une quantité que nous sommes très loin de posséder ! A cela s’ajoute le fait que nous ne produisons que ce que nous vendons : nous n’avons donc pas de stock d’invendus.

Le scénario 2 est donc à l’arrêt. Mais peut-être que des plus gros que nous investirons un jour dans la création d’une filière dédiée au copolyester ? Nous ne pouvons que croiser les doigts.

BREAKING NEWS ! Le chimiste américain Eastman et le québécois Loop Industries vont implanter en France deux usines de recyclage chimique. Celle d’Eastman (le fabricant du copolyester) sera la plus grande au monde. Elles devraient ouvrir en 2025 : cela ouvre de nouvelles perspectives dans un proche futur ! En savoir plus

3- Le scénario « barrière fonctionnelle » 

Pour les deux premiers scénarios, l’objectif était de rendre la matière recyclée apte au contact alimentaire afin de faire d’un vieux Gobi, un nouveau Gobi. Malgré les freins, nous n’avons pas abandonné.

C’est l’heure du plan C : trouver une manière d’utiliser cette matière recyclée sans qu’elle ne soit considérée comme « contact alimentaire ».

On s’est alors demandé quelle partie du Gobi n’était pas au contact avec l’eau : le bouchon ! Ou très peu, sur une petite surface seulement, en haut du bouchon. La coopérative Mu a donc dessiné pour nous une petite pastille à intégrer dans nos bouchons qui servirait de barrière entre l’eau présente dans la gourde et le reste du bouchon. C’est ce qu’on appelle une barrière fonctionnelle. Grâce à elle, nous pourrions intégrer du copolyester recyclé dans nos bouchons, tout en maîtrisant le risque de transferts de particules au niveau alimentaire.

Schéma de la pastille qui agirait en barrière fonctionnelle

Alors, c’est LA bonne idée ?

Nous avons recalculé toute notre démarche d’éco-conception en intégrant cette donnée (il faut toujours se méfier des belles idées sur le papier, seule la mesure compte) : le résultat est positif  ! Ce Gobi a moins d’impact que sa version originale ; mais la différence n’est pas conséquente car nous n’agissons qu’au niveau du bouchon.

Point de route : nous sommes actuellement sur un chantier plus large pour redesigner le bouchon de notre Gobi Original : cette étude nous a permis d’intégrer cette donnée dès l’amont de notre réflexion.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

Alors oui, ces résultats peuvent sembler décourageants et pourtant ! Nous avons énormément appris lors de cette étude et ses résultats serviront à tous : les projets soutenus par ORPLAST sont tous disponibles sur le site de l’ADEME pour que leurs conclusions aient le maximum de répercussions.

Et nous ? Nous n’avons pas dit notre dernier mot !

Quelle que soit la solution retenue, certaines étapes sont indispensables pour avancer, et nous travaillons toujours dessus :

  • Nous identifions les entreprises qui vendent des objets en copolyester (tupperware, biberons, etc) afin d’être capable de récolter un gisement de matière à recycler suffisamment important lors des phases de tests.
  • Le marché bouge ! Nous sommes en contact avec de nouveaux partenaires industriels pour recycler notre matière grâce à de nouvelles machines qui demandent moins de volume (imprimantes 3D, etc)
  • En attendant de pouvoir nous-même la valoriser, nous souhaitons proposer notre matière à recycler à d’autres entreprises sur le territoire français qui pourraient l’utiliser sur des objets sans contact alimentaire.
  • Nous envisageons plusieurs pistes pour agrandir la gamme Gobi d’accessoires qui pourraient être fabriqués à partir de cette matière recyclée.

Et pour conclure ?

S’il y a bien une chose à retenir sur le sujet, c’est que le recyclage est loin d’être une formule magique. Il n’est pas facile à mettre en place, même pour les matériaux dont la composition permet un recyclage en fin de vie. Les gains environnementaux peuvent être présents mais ne sont pas forcément conséquents. C’est pourquoi la seule manière de produire mieux est de créer, dès le départ, des produits avec un faible impact environnemental (= responsabilité de l’entreprise : c’est la démarche d’éco-conception) et de les utiliser longtemps (= responsabilité de l’utilisateur). 

Le saviez-vous ? 80% d’impact de l’impact écologique d’un produit est déterminé lors de sa conception !

En attendant d’être capable de les recycler correctement, nous récupérons gratuitement les Gobi fatigués pour être capables, très prochainement, de lancer nos tests de recyclage.

Comme l’exprime très bien un proverbe africain “tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”. Alors, industriels, entreprises, contactez-nous (hola@gobilab.com) si vous souhaitez embarquer dans l’aventure du recyclage du copolyester !