Éco-conception et Analyse du Cycle de Vie : comment diminuer l’impact des biens de consommation ?

17 mai 2022

Bioplastique, bio-sourcĂ©, biodĂ©gradrable, recyclable… De plus en plus de produits se revendiquent Ă©co-responsables, sans que l’on ne sache toujours ce que cela signifie vraiment. Comment s’y retrouver pour dĂ©crypter ces tendances ?

En tant qu’adepte du sujet, nous nous sommes associĂ©s Ă  makesense – une structure aussi engagĂ©e que Gobi qu’on vous invite Ă  dĂ©couvrir ! – pour organiser deux webinaires passionnants sur cette première Ă©tape de l’Ă©conomie circulaire. On vous partage le meilleur de nos Ă©changes.

Le changement par l’objet via l’Ă©co-conception

L’Ă©co-conception, c’est le fait de rĂ©duire l’impact global d’un produit, de sa crĂ©ation Ă  sa fin de vie. C’est une mĂ©thode qui permet de rĂ©duire les externalitĂ©s nĂ©gatives d’un produit et d’augmenter les services rendus par ce produit. L’enjeu est Ă  la fois environnemental, technique, Ă©conomique et humain.

Pour comprendre le sujet, nous avons rĂ©uni autour de la table l’Institut National de l’Economie Circulaire (INEC), l’ADEME, la CoopĂ©rative Mu, Michelin, Diam, l’agence Hyssop et Les Collectifs (rien que ça !) pour avoir leurs retours d’expĂ©rience sur le sujet.

Voici les 3 enseignements Ă  retenir :

1. Il n’existe pas de bon ou mauvais matériaux, tout dépend de l’usage

Lorsqu’une entreprise se lance dans l’éco-conception, la première Ă©tape est de choisir les bons matĂ©riaux. N’oublions pas, il n’y a pas d’éco-matĂ©riaux en soi ! Attention au plastique bashing ou la recherche Ă  tout prix de matières dites “naturelles” ! Pour la CoopĂ©rative Mu, seul un travail de recherche peut dĂ©construire les prĂ©jugĂ©s liĂ©s Ă  certains matĂ©riaux. L’impact d’un objet et d’un matĂ©riau doit ĂŞtre dĂ©terminĂ© par une dĂ©marche scientifique et rigoureuse. Il dĂ©pend du cycle de vie du produit, de son utilisation finale et sa durĂ©e de vie. Il ne peut en aucun cas ĂŞtre dĂ©terminĂ© Ă  des fins de « communication » (ex : matière « bio » qui enverrait un message positif au consommateur).

Florence Baitinger, co-fondatrice de Gobi, insiste notamment sur l’importance de l’usage et de la durĂ©e de vie moyenne de l’objet pour choisir les bons matĂ©riaux. En entreprise, les salariĂ©s gardent en moyenne une gourde entre 1 et 2 ans et certaines ne seront pas utilisĂ©es. Il faut donc privilĂ©gier des matières premières avec un impact de fabrication environnemental suffisamment bas pour que le coĂ»t environnemental de l’ensemble des gourdes distribuĂ©es (celles qui seront conservĂ©es et celles qui le seront moins) reste faible. Pour mieux comprendre notre choix de fabriquer en copolyester et dĂ©construire certains prĂ©jugĂ©s sur ce matĂ©riau, nous vous conseillons de lire notre article de blog : Le plastique Ă©cologique, ça existe ?

De son cĂ´tĂ©, Christophe Stevens, responsable prospective de Michelin, rappelle que certains matĂ©riaux biosourcĂ©s peuvent ĂŞtre pires que les matĂ©riaux classiques qu’ils remplacent Ă  cause de la dĂ©forestation qu’ils gĂ©nèrent. Par exemple, pour une mĂŞme quantitĂ© de matière, la production de certains matĂ©riaux biosourcĂ©s nĂ©cessite une surface beaucoup plus importante. Il faut donc ĂŞtre vigilant en prenant en compte les impacts des matĂ©riaux mais aussi leur contribution Ă  l’impact global du produit : un pneu bien conçu peut contribuer Ă  faire baisser la consommation de carburant du vĂ©hicule, et ça, ça compte aussi !

2. L’Ă©tude du cycle de vie, une Ă©tape clĂ© dans l’action

Observer le cycle de vie d’un objet permet d’identifier les Ă©tapes sur lesquelles agir en prioritĂ© (sur les matières premières, sur la fabrication, sur l’utilisation, etc.). Chez Diam, qui propose des solutions de vente et de merchandising, 40% de l’impact environnemental vient par exemple des achats matières. Mathieu Parfait, leur responsable RSE, a dĂ©cidĂ© d’agir en remplaçant le plastique vierge par du plastique recyclĂ©. Pour cela, l’entreprise a achetĂ© des machines pour broyer et recycler le plastique sur le site de fabrication. C’est un co-investissement avec un de leurs clients, chez qui ils viennent chercher les anciens mobiliers pour les recycler et les rĂ©utiliser dans la fabrication.

Le saviez-vous ? 80% de l’impact d’un produit est déterminé au moment de sa conception.

3. Le secret de la réussite ? Faire participer ses équipes

Tous les intervenants ont Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  cette difficultĂ© : comment impliquer ses collaborateurs dans une dĂ©marche d’Ă©co-conception ? L’une des solution est de s’appuyer sur des collectifs. Les Collectifs, c’est justement le mouvement qu’a fondĂ© Quentin Bordert il y a 2 ans pour sensibiliser les salariĂ©s Ă  la transition Ă©cologique et sociale. Le rĂ©seau facilite la crĂ©ation de collectifs en entreprise pour les transformer de l’intĂ©rieur. Comment ? En mettant en place des actions visibles pour montrer l’exemple et intĂ©resser d’autres collègues. Le rĂ©sultat est double : les bonnes pratiques au bureau amĂ©liorent l’impact environnemental des salariĂ©s et font Ă©voluer la stratĂ©gie de l’entreprise. La sensibilisation des collaborateurs se rĂ©percute ensuite dans leur manière de travailler et d’aborder leur mĂ©tier.

Un autre exemple ? Chez Michelin, Christophe Stevens et son Ă©quipe ont mis au point des ateliers de prospective permettant de prendre en compte les limites planĂ©taires. Ils accompagnent les diffĂ©rents mĂ©tiers du groupe Ă  dĂ©finir leur stratĂ©gie future avec ces mĂ©thodes. Et ces ateliers collectifs commencent Ă  porter leurs fruits ! Les diffĂ©rents collaborateurs ont Ă©tĂ© sensibilisĂ©s aux bases de l’éco-conception, Ă  analyser l’impact global d’un produit mais aussi Ă  prendre en compte les Ă©volutions du secteur. Cette dĂ©marche permet de penser de nouveaux services et produits hors du cadre classique. RĂ©sultat de cette approche : Michelin a lancĂ© rĂ©cemment des voiles gonflables pour bateaux cargo afin de diminuer l’impact du transport maritime. Chez Gobi, on adore !

L’Analyse du Cycle de Vie, par où commencer ?

Suite aux nombreuses questions qui nous ont Ă©tĂ© posĂ©es lors du premier webinaire, nous avons dĂ©cidĂ© d’approfondir le sujet de l’analyse environnementale concrète d’un produit ou d’un service. Nous vous partageons les Ă©tapes clĂ©s pour se lancer :

Etape 1 : choisir la bonne méthode

Il existe une vingtaine de mĂ©thodes d’Ă©valuations environnementales, rĂ©pertoriĂ©es dans le Panorama des mĂ©thodes, Chaire Elsa Pact. Avant de se lancer, il faut se demander quelle mĂ©thode correspond le mieux Ă  son projet. Ici, nous avons choisi de nous focaliser sur l’Analyse du Cycle de Vie qui est l’une des principales mĂ©thodes utilisĂ©es dans les entreprises, et qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e il y a plus de 30 ans.

Etape 2 : comprendre l’ACV et pourquoi la faire

Clara Tromson (ADEME) rappelle que l’ACV est une mĂ©thode multicritères qui permet d’évaluer l’empreinte environnementale d’un produit ou d’un service. Cet impact est souvent dur Ă  Ă©valuer, notamment en raison de la difficultĂ© Ă  rassembler des informations fiables sur les diffĂ©rentes Ă©tapes (de l’extraction des matières premières Ă  la fabrication en passant par le transport, la distribution et le recyclage). 

L’ACV a pour but : 

  • d’aider Ă  la prise de dĂ©cision, en identifiant quelles sont les sources d’impact d’un produit,
  • d’éviter les transferts d’impact, lorsque l’on veut amĂ©liorer l’empreinte environnementale d’un produit.

Elle est très souvent utilisĂ©e dans les dĂ©marches d’éco-conception, pour la communication environnementale, pour le dĂ©veloppement de stratĂ©gies, ou bien encore pour valider la plus-value environnementale de projets. Grâce Ă  ses donnĂ©es concrètes, elle va ĂŞtre utilisĂ©e pour :

  • convaincre ses fournisseurs de l’impact dont ils sont responsables et les aider Ă  s’amĂ©liorer,
  • engager ses Ă©quipes autour d’actions RSE dont l’impact est mesurĂ©,
  • sensibiliser les consommateurs et les faire s’interroger sur l’impact d’un produit ou service.

Cela doit permettre Ă  chacun (fournisseur, fabricant, distributeur, consommateur…) de comprendre l’impact de ses dĂ©cisions sur le reste de la chaĂ®ne de valeur et d’éliminer les petites optimisations individuelles qui nuisent Ă  l’impact global du produit. C’est une manière factuelle de rĂ©unir autour de la table toutes les parties prenantes et les faire agir sur des donnĂ©es mesurĂ©es. Car les consommateurs et les industriels mĂ©connaissent l’impact environnemental de ce qu’ils consomment et produisent ! On vous recommande de lire le rapport de l’ADEME, La face cachĂ©e des objets, pour vous en rendre compte.

Pour Dominique Royet, de l’agence Hyssop (conseil en RSE), il est important de savoir vulgariser une ACV pour que ce document technique puisse se transformer en actions concrètes dans l’entreprise. L’ACV permet de savoir où agir pour avoir le meilleur impact. Et pour cela, « il faut réussir à convaincre l’ensemble de la chaîne de production de faire différemment ».

Vous n’avez pas les moyens de rĂ©aliser une ACV pour tous vos produits ? Choisissez un produit cĹ“ur de gamme, et appliquez ses enseignements Ă  l’ensemble de votre gamme ! Vous aurez dĂ©jĂ  un impact consĂ©quent.

L’ACV peut permettre Ă  une entreprise de s’amĂ©liorer sur l’ensemble de ses produits, et mĂŞme sur son business model.

Etape 3 : se lancer !

Pour Mathilde Sussan, de la coopĂ©rative Mu, dĂ©marrer une dĂ©marche d’ACV demande de dĂ©finir des objectifs et un champ d’étude prĂ©cis. Que va-t-on Ă©tudier prĂ©cisĂ©ment, quelle est la rĂ©fĂ©rence en terme d’usage ? Ensuite, on regarde les diffĂ©rentes Ă©tapes du cycle de vie et les matĂ©riaux utilisĂ©s pour la fabrication du produit. Enfin, on analyse et interprète les rĂ©sultats, qui permettent de retravailler sur la conception des produits. 

IdĂ©alement, l’ACV se fait en amont du dĂ©veloppement d’un produit, puis tout au long du projet. Cela permet d’arbitrer entre les diffĂ©rentes options et de prioriser les actions les plus pertinentes.

Pour rĂ©aliser une ACV, il faut commencer par interroger les diffĂ©rents fournisseurs et modĂ©liser les donnĂ©es sur un outil, tel que SimaPro, ou encore la Base IMPACTS de l’ADEME (gratuits). 

Florence Baitinger, de Gobi, explique qu’une fois les donnĂ©es compilĂ©es, il faut ensuite transformer les datas d’usage en impact environnemental. Gobi a par exemple calculĂ© et mesurĂ© combien coĂ»te Ă  la planète l’utilisation de gobelets et bouteilles jetables au bureau, puis l’a traduit en impact environnemental. Â«Â Grâce Ă  cela, nous pouvons dire que le bĂ©nĂ©fice d’utilisation de nos produits est supĂ©rieur Ă  l’usage de gobelets et bouteilles jetables en seulement quelques mois. »

Extrait de l’Analyse de Cycle de Vie du Gobi Original, issu de la synthèse d’Ă©co-conception

Nous devons construire de nouveaux imaginaires !

Pour que l’éco-conception et les mĂ©thodes associĂ©es se diffusent, il y a encore du boulot ! Alors, par oĂą commencer ? Par dĂ©construire les prĂ©jugĂ©s sur certains matĂ©riaux et repenser la chaĂ®ne de valeur d’un produit. MĂŞme pour les entreprises les plus avancĂ©es, il y a toujours des pistes d’amĂ©lioration possibles (nouvelles filières de recyclage, boucles courtes…). Mais ce qui permettra vraiment d’aller plus loin, c’est la construction de nouveaux imaginaires. Les produits Ă©co-conçus doivent devenir la nouvelle norme et sĂ©duire le plus grand nombre. Et ça, Gobi l’a bien compris ! Les produits de demain devront ĂŞtre beaux et joyeux pour ĂŞtre aussi durables qu’attractifs.

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Pour revoir les 2 webinaires :

Pour avoir plus d’informations sur l’éco-conception, retrouver des formations, demander une aide financière ou bénéficier d’un bilan éco-conception, vous pouvez aller sur le site de l’Ademe

Pour dĂ©marrer une dĂ©marche d’ACV, vous pouvez contacter l’agence d’éco-conception Mu qui a accompagnĂ© de nombreuses entreprises (Gobi, Louis Vuitton, Kenzo, Conforama, Decathlon) Ă  penser de nouveaux produits ou Ă  revoir des produits existants. 

Et enfin, pour vous faire accompagner dans votre ACV, vous pouvez contacter l’agence de conseil en RSE Hyssop !